Cékoi ?

Ce blog est un récit fictif à la troisième personne de mon futur. Les scènes ne sont pas forcément par ordre chronologique, lisez bien les dates et l'âge indiqué en début d'article.

Bonne lecture ...

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Lundi 19 février 2007 1 19 /02 /Fév /2007 11:23

4 avril 2009, 26 ans

Il arrive dans la salle d’embarquement, le casque sur les oreilles. Encore 12 minutes avant l’embarquement. Ce siège isolé fera l’affaire. Il pose son sac sous ses jambes et choisit d’écouter Oceansize avant l’embarquement, pour se relaxer. Mine host sera parfaite.

Il scrute tout le monde du regard, il observe, comme il aime à le faire dans ses moments là. A croire qu’observer les autres lui facilite la tâche pour se recentrer sur lui-même. Tout le monde y est. Le couple occupé, tous les deux au téléphone à tour de rôle. L’enfant qui court en criant dans toute la salle, ignorant sa mère qui le supplie de se calmer. Le couple huppé de 55 ans avec la jeune fille de 14 ans en mal de reconnaissance, mignonne mais plus maquillée qu’une voiture volée selon l’expression consacrée, et portant des fringues si affriolantes pour son âge que son mal-être adolescent semble éclabousser toute la salle. Le couple de retraités qui lit son guide de tourisme, se préparant sûrement à une visite complète de tous les monuments de Paris, comme tous les cinq ans, comme si cela changeait, comme si Alzheimer avait déjà entamé son œuvre.

Elle entre et son regard est tout de suite rivé vers elle. Sa beauté semble irradier la salle toute entière, et pourtant seul lui la remarque. Ses yeux brillants trahissent sa tristesse, ainsi que sa démarche discrète. Elle n’a pas la classe sans saveur d’un mannequin. Sa démarche peu assurée la rend bien plus belle à ses yeux. Elle souffre d’une beauté fragile et innocente. Elle ignore certainement son charme, et le fait qu’elle n’en abuse pas la rend encore plus attractive. Son téléphone sonne, elle répond. Elle vient instinctivement s’asseoir à deux sièges de lui, sans même lui prêter attention. Son cœur s’emballe au rythme des notes égrenées par la guitare. Il surprend des bribes de conversation. Elle explique à son interlocuteur qu’elle rentre sur Paris, car son amie qui lui avait gracieusement proposé de l’héberger le temps qu’elle trouve du boulot l’a foutue à la porte sans crier gare, alors qu’elle commençait à avoir des entretiens dans divers restaurants. Depuis qu’elle était sortie avec ce type, elle était devenue complètement imbuvable à son égard, multipliant les remarques lourdes de sens. Une fois à Paris elle devrait certainement retourner vivre chez ses parents et recommencer à zéro sa recherche de boulot.

Elle raccrocha puis fondit en larmes.

Il sentit son cœur se pincer. Il aurait tout donné pour avoir le courage d’aller la voir, de la prendre dans ses bras.

L’embarquement débuta. 26 Couloir. C’était sa place. Il s’assit. La demoiselle vint s’asseoir sur le siège d’à côté, et il esquissa un sourire discret en pensant à ce drôle de hasard. Souvent quand il montait dans un avion ou un train, il espérait qu’une jolie femme vienne s’asseoir à ses côtés, mais cela n’arrivait presque jamais. Et maintenant, il était presque sûr qu’il n’oserait pas lui parler.

Elle sanglotait encore. Sans réfléchir il lui offrit un mouchoir, qu’elle accepta en lui offrant un merveilleux sourire timide et emprunt de larmes.

Il se sentit rougir et détourna le regard. Elle sécha ses yeux et ses joues, puis assista au décollage par la fenêtre. S’il voulait lui adresser la parole c’était maintenant, sinon il n’oserait plus. Mais il n’y arriva pas. Il n’y arriva pas car il réfléchissait. C’était déjà trop tard, il était convaincu qu’il ne lui parlerait pas. Il savait que c’était débile, que s’il se disait çà il ne parlerait jamais à personne. Mais cette fatalité désespérante ne suffit pas à le motiver, au contraire, il baissa définitivement les bras.

Il attendait, muet, espérant qu’elle lui adresse la parole, mais il n’en fût rien. Certainement qu’elle se disait la même chose, qu’ils étaient tous les deux enfermés dans un mutisme stupide et réciproque, un cercle vicieux de timidité. Ou peut-être qu’elle s’en foutait. Oui elle s’en foutait certainement.

Il se dit que ce n’était pas bien grave, qu’il avait toute la vie pour parler aux inconnus, pour vaincre cette peur sourde. Puis ils n’étaient pas du même monde, çà n’aurait pas collé. Et les chances qu’il lui plaise étaient certainement inexistantes. Le voyage se finit ainsi, alors qu’il se perd en considérations insignifiantes.

Dès qu’il descend de l’avion, son cœur se serre. Une rage désespérée lui ravage les tempes, tempêtant contre sa lâcheté. Encore une hypothétique belle rencontre gâchée, foulée au pied par son incompétence sociale.

Abruti.

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Dimanche 4 février 2007 7 04 /02 /Fév /2007 22:40

3 octobre 2020, 39 ans

Il aimait bien travailler pour Madame Neissac. A 79 ans elle était en pleine forme. C’était une de ces femmes que le temps n’atteint pas. Une de ces femmes qui offre toujours un grand sourire à ses interlocuteurs, et qui semble avoir toujours trente ans sous ce visage ridé mais radieux.

Il repeignait les volets de Mme Neissac avant l’hiver, la peinture étant sans cesse malmenée par le vent et le sel.  En cette période il avait chaque année du travail assuré pendant quinze jours, beaucoup de ses voisins faisaient appel à lui, depuis qu’il avait emménagé il y’a deux ans et demi.

"- Alors vous vivez tout seul ? Si c’est pas triste, un gentil gaillard comme vous. Vous avez donc pas de prétendantes ? Vous savez, si j’étais un brin plus jeune …

- Mais vous êtes encore très charmante, dit-il en rougissant, un peu gêné.

- Cessez vos flatteries jeune homme ! Remarquez, vous devez pas être très normal pour venir vous installer par ici en cette période. Vous aimez cultiver un certain mystère, pour vous protéger certainement. "

Il était un peu mal à l’aise. Quelques fois dans sa vie, il avait eu l’impression comme maintenant que son interlocuteur lisait très bien dans son comportement. Il détestait se sentir mis à nu, çà lui faisait perdre ses moyens.

" - Vous savez, vous avez l’air d’un brave gars. Mais si vous ne vous ouvrez jamais aux autres, si vous vous contentez d’échanger des politesses avec les gens, même ceux qui s’ouvrent à vous, alors vous ne devez pas vous faire beaucoup de bons amis. A force de se fermer aux autres, on finit par oublier ce qui est vraiment important. Je n’ai pas peur de mourir, car je me sens en paix avec moi-même. Chaque jour je me dis que si je meurs demain, tous les gens que j’apprécie sauront qui j’étais et ce que je pensais d’eux. Le type le plus formidable du monde est un parfait crétin s’il n’échange pas des choses avec ses amis. "

Le soir, ces paroles avaient hanté son cerveau, alors qu’il fixait le calme noir qui s’étendait au-delà de sa baie vitrée.

Il savait pourquoi les paroles de la vieille dame résonnaient en lui comme çà. Par le passé, il avait laissé filé trop d’amitiés pour ne s’être pas assez ouvert. Il ne pouvait pas le nier. Il avait eu de nombreux amis, et pourtant il était venu s’installer ici tout seul, face à la mer. C’était un souhait qu’il avait toujours eu, mais est-ce que çà méritait d’abandonner tout son environnement.

Régulièrement, il abandonnait tout. Il avait toujours marché comme çà. La mise en place d’une routine l’ennuyait profondément, il ne s’attachait pas assez aux autres. Si l’on ne s’attache pas aux autres, on ne peut pas s’habituer à un quotidien. Un quotidien de solitaire était forcément chiant. Comment pouvait-il en être autrement ?

La seule personne à qui il s’était ouvert depuis des années était passée de vie à trépas 4 ans plus tôt.

Il avait de bons amis, mais il ne leur avait jamais offert l’attention qu’ils méritaient. Maintenant il ne les avait plus qu’au téléphone, et ne les voyait qu’à peine une fois par an.

Il s’était exilé pour profiter d’un paysage paradisiaque.

Quel crétin …

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Vendredi 2 février 2007 5 02 /02 /Fév /2007 00:22

2 février 2011, 28 ans

C’était un de ces soirs.

Un de ces soirs où il avait désespérément besoin de voir quelqu’un, mais où il ne voulait voir personne. Un de ces soirs où il était fatigué d’avoir eu une dure journée de travail, mais encore plus fatigué de n’avoir encore rien réalisé de sa vie.

Un de ces soirs où il rêvait de se blottir dans les bras de quelqu’un, mais où il aurait été incapable de discuter pour le demander.

Un de ces soirs où il avait besoin de parler, mais aussi un de ces soirs pendant lesquels il s’était promis il y a longtemps déjà de toujours faire profil bas, de ne pas ennuyer les autres avec ses états d’âme basés sur rien. Un de ces soirs où il s’efforçait de ne pas se plaindre car objectivement il avait la belle vie.

Un de ces soirs où il n’aurait pas su dire ce qui n’allait pas, et pourtant, il en avait assez gros sur le cœur pour faire des conneries, des trucs qu’on regrette plus tard. Des trucs qui font maudire la fatigue et la lassitude.

Un de ces soirs qui reviennent tout au long d’une vie, quelque soit ce qu’on a ou non déjà accompli. Un de ces soirs où on se demande si tout ce qu’on a fait jusque là n’est pas vain ? Et tout ce qu’on fera par la suite ?

Un de ces soirs où on se dit que peut-être un humain sur un million a vraiment une vie nécessaire à l’évolution de l’espèce, pendant que les autres vivent un de ces soirs …

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Lundi 8 janvier 2007 1 08 /01 /Jan /2007 22:20

19 avril 2012, 29 ans

Il écoutait cette chanson en boucle. En fait il ne l’écoutait plus en boucle. Elle tournait depuis 4h, mais il ne l’entendait plus depuis la deuxième fois. Il était totalement absorbé par ses pensées. Complètement même. Cette chanson. Leur chanson. Elle avait remué le couteau dans la plaie. Comme tous les soirs en fait. Ce morceau c’était A Blanc d’Agora Fidelio. Il ne datait pas d’hier d’ailleurs. Il pensait l’avoir trop entendu, après tout ce temps. Mais c’était avant qu’il la rencontre, avant qu’il l’embrasse tendrement la première fois, quand elle s’était blottie dans ses bras. Un morceau qui avait achevé de les rapprocher.

Oh ils n’auraient pas eu besoin de çà pour faire le grand saut. Bien sûr que non. Depuis leur deuxième rencard, plusieurs jours avant le baiser - il n’était pas du genre à compter les jours. En fait, il en aurait été incapable. Saloperie de dates – ils savaient pertinemment qu’ils finiraient l’un dans les bras de l’autre. Ils s’étaient tournés autour. Ils avaient parlé cinq nuits entières, s’effeuillant méthodiquement, redoutant l’un comme l’autre le moment où fatalement un élément de leur personne les aurait séparés. Pas de manière volontaire non. Mais ils savaient l’un comme l’autre que la phase d’apprentissage est délicate. Parfois, il suffit d’une phrase pour casser la magie, pour qu’irrévocablement l’image de l’autre soit souillée, pour que le désir s’effondre sans crier gare.

Non. Il avait su avec certitude que çà serait la bonne. Il s’était tout de suite senti bien avec elle. Ce n’était pas une de ces relations perdues d’avance, où il était obligé de courir derrière la fille, où les malaises arrivaient régulièrement, où il se demandait toujours ce qui se passait derrière les yeux d’en face. Ici tout était clair. L’attraction était presque palpable. Et aucun des deux n’avait tenté de la fuir ou de la dissimuler. C’était presque incroyable de ressentir çà à nouveau. Depuis sa première histoire qui l’avait éveillée aux jeux amoureux, dix ans plus tôt, il n’avait plus ressenti çà. Il pensait que la douleur qui avait suivi cette première relation avait détruit ces sensations à jamais. Que c’était sûrement toujours le cas. Sans l’innocence du début, impossible de ressentir un sentiment si fort, si humain, si immaculé. Il s’était trompé.

Tout était réapparu si brusquement. Presque instantanément. Il lui avait suffi de regarder ses yeux. De les voir pétiller en le regardant, et de sentir que les siens faisaient pareil. Il avait arrêté de respirer, elle lui avait souri. Il savait. Elle savait. Elle était seule. Comment diable pouvait-elle être seule ? C’était impossible. Elle était belle. Pas un top model, pas une pétasse, pas une de ses filles égocentriques et gonflée d’auto-satisfaction. Juste belle.

Le quatrième soir, alors qu’ils parlaient sur son canapé, il lui avait proposé de dormir chez lui. Il avait la trouille qu’elle se méprenne sur ses intentions, mais à la fois il était sûr qu’elle ne se ferait pas de mauvaises idées. L’image même de leur relation. Il angoissait toujours de ne pas être vu tel qu’il était, en sachant pertinemment qu’elle ne prendrait pourtant rien de travers. Elle avait accepté avec un sourire.

Il ne s’était rien passé cette nuit. Enfin rien si l’on considère les choses qui se passent habituellement la première nuit dans le même lit. Mais pour lui ç’avait été merveilleux. Ils avaient juste passé la nuit blotti l’un contre l’autre. Elle la tête sur son torse. Lui embrassant ses cheveux et caressant du bout des doigts son bras, de peur qu’elle ne s’effrite. Il fixait le plafond pendant que défilait la musique qu’il avait le plus affectionné toutes ses années. Agora Fidelio, Archive, Cinematic Orchestra, Craig Armstrong, Ghinzu, Incubus, M83, GY !BE … Il avait dû acheter plus de 900 cds en 10 ans. Mais c’était toujours les mêmes qui restaient sur le long terme. Comme si toutes ces années, il avait vécu tranquillement sa vie, en entassant des merveilles de mélancolie, attendant sagement l’occasion de les savourer avec les sentiments qui vont avec.

Cette nuit là, il avait pleuré pendant plus de deux heures. Il fixait le plafond, et pour la première fois depuis plusieurs années, il savait qu’il était heureux. Tout lui paraissait si simple et si clair. Il savait ce qu’il aimait, ce qu’il voulait faire, avec une certitude qu’il n’avait pas éprouvée depuis tellement de temps. Que c’était bête de n’avoir rien éprouvé pendant ce temps, d’être resté tout seul, sans personne avec qui partager. Il avait gâché son temps.

Connerie. Il n’en revenait pas d’être aussi ringard. Comme si il avait choisi d’être tout seul tout ce temps. De ne rencontrer que des personnes qui ne remuaient pas en lui les bons sentiments. Il s’en voulait de n’avoir rien appris de sa traversée en solitaire. Il croyait que chaque année qui passait le rendait plus fort. Qu’il apprenait à se connaître. Qu’il comprenait de mieux en mieux ce qui ne collait pas dans les relations des gens. Qu’il devenait moins naïf. Qu'il se formait une coquille solide. C’était vrai en quelque sorte. Mais ce n’était le cas que parce qu’il n’avait plus été confronté à quelqu’un comme Elle.

Il s’en voulait d’avoir de nouveau croqué dans la pomme. D’être devenu cette espèce de barre de guimauve et de bonne humeur. C’est comme si il avait placé un écriteau « Je suis monté en haut de l’Empire State Building, vous pouvez me pousser. » sur son satané front. Son romantisme à deux francs et sa naïveté lui donnaient envie de vomir désormais. Il n’en pouvait plus d’être émotif comme une fillette de 5 ans. D’avoir des rêves aussi stupides, des moments qui pourraient figurer dans le dictionnaire pour définir le mot « Sensiblerie ».

Ce premier baiser avait eu lieu trois mois plus tôt. Trois saloperies de mois qui avaient paru une éternité. Elle était partie depuis une dizaine de jours maintenant. Il ne comprenait toujours pas pourquoi. Avait-elle eu peur ? Il avait pourtant fait des efforts inhumains pour tenir tête à ses pulsions qui faisaient de lui un calamar géant accroché à elle en permanence. Tout ce temps il aurait juré qu’elle ne voulait pas que tout cela cesse, ne serait-ce qu'une seconde. Elle était rentrée chez ses parents à peine trois jours. Et à son retour, il avait senti que quelque chose s’était passé, cassé même. Elle avait bien essayé de donner le change pendant deux jours. De paraître enjouée. Mais à de trop nombreux moments il avait ressenti sa fausseté. Il ne fût même pas surpris quand elle lui dit qu’elle voulait respirer, passer à autre chose. Elle était tellement étrange que lui-même avait réussi à se persuader que c’était ce qu’il y’avait de mieux. Jusqu’à ce qu’il se réveille seul le lendemain matin du moins.

Bordel, tout çà c’était du flanc ? Ces certitudes, ce baume au cœur ? Se pouvait-il qu’il ait été aveugle à ce point ? Cà lui paraissait impossible que tout cet emportement ait été du pipeau. Non. Plus rien ne lui paraissait impossible. En fait, plus rien ne paraissait clair. Tout était devenu flou. Il ne savait plus quoi penser. Est-ce qu’elle avait flippé de trop s’accrocher ? Est-ce qu’elle avait rencontré quelqu’un d’autre, avec qui çà s’était mieux passé ? Comment est-ce que çà aurait pu mieux se passer ? Avait-elle bluffé tout ce temps ? Il l’aurait senti. Tout çà était si vrai.

Il doit la revoir, s’assurer que tout est bien mort. Qu’il n’y a rien à sauver. Mais si c’est le cas, il ne peut pas la harceler comme çà … Et si elle se disait la même chose ? Et si elle l’avait déjà oublié ?

La chanson continue à tourner en rond, et il ne l’entend toujours pas. Il est si profondément enfoui dans son propre cerveau, abruti depuis tant de dizaines de minutes, il n’entend plus.

Elle lui manque tellement …

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Mercredi 3 janvier 2007 3 03 /01 /Jan /2007 23:25

18 novembre 2008, 26 ans

Il ne l’avait vue que cinq fois mais souvent il ne pouvait s’empêcher de penser à elle. Il n’arrivait pas à se comprendre. Il savait qu’il ne l’aimait pas. Pas encore. Pas si tôt. Il ne la connaissait pas assez pour çà.

Plusieurs fois il s’était trompé. Il avait confondu cette impatience et l’amour. Il avait précipité des histoires de la préface au vif du sujet, faisant fi de l’introduction, tel un enfant gâté qui veut son cadeau. Il avait appris à connaître les filles après coups, et un fait ou une phrase avait brisé l’harmonie si fragile qui est toujours présente au début d’une relation avec une fille qui lui plaît physiquement. Après quelques jours, il se voyait contraint d’arrêter la relation, se sentant trop mal à l’aise pour continuer. C’était dur souvent, il avait peur que les filles pensent qu’il avait juste voulu se les taper, ou qu’il avait trouvé quelqu’un d’autre. Mais ce n’était pas le cas. Il ne pouvait pas non plus se mentir et continuer la relation, çà le torturait trop. Parfois il sentait une forte déception en face, et il s’en voulait de s’être précipité, de s’être offert à fond quelques jours à une fille, puis fuir quand celle-ci commençait à vraiment accrocher, la laissant dans l’incompréhension totale. Les questions et affirmations délicates faisaient souvent leur apparition à ce moment. « Qu’ai-je fait de mal ? » Rien. « J’ai vite vu que tu étais trop bien pour moi » Ne dis pas de sottises, c’est moi qui suis trop abruti … « T’es vraiment un con. Tu viens me courir après, puis tu te barres. » Oui. Parfois il préférait celles qui s’énervaient, il savait qu’avec la hargne pour les épauler elles souffriraient sûrement moins. Dans tous les cas il se promettait que cela ne se reproduirait plus.

Cette fois il n’avait pas envie de tout foirer. Mais il ne savait même pas si il y avait quelque chose à foirer. Toutes ces conneries qu’il créait dans sa tête. Il détestait cette phase de découverte. Il l’adorait en même temps. C’est ce qu’il vivait le plus souvent et qui se rapprochait le plus d’une relation amoureuse. Mais comme d’autres fois auparavant, il se sentait frustré. Il aurait voulu voir cette fille tous les jours, jusqu’à ce qu’il soit fixé sur ce qu’il ressentait pour elle. Mais ils ne se voyaient même pas une fois par semaine. Elle était souvent prise, et quand ce n’était pas le cas c’était lui. Ponctuellement les crises de jalousie refaisaient surface. N’était-il rien pour elle pour qu’elle n’ait jamais de temps à lui consacrer. Puis il se disait que dans le cas inverse, il ne pouvait pas non plus renoncer à ses occupations pour la voir, et il ne pouvait pas exiger d’investir son espace vital en dépit des autres. C’était mauvais. Ce qui l’énervait en fin de compte, c’est qu’elle soit plus occupée que lui, qu’elle ait souvent des choses à faire alors que lui non, et qu’elle ne paraisse pas le placer en priorité absolue. Mais de quel droit pouvait-il exiger çà ? Il n’était encore rien pour elle.

Le cœur et le cerveau. Un combat quotidien complexe.

Il n’était même pas sûr de lui plaire, et il était presque sûr qu’elle ne voulait pas d’une relation avec lui maintenant. Il déprimait en se disant qu’il était arrivé au mauvais moment. Un autre gars allait arriver dans trois mois et ravir son cœur. Et lui lui en voudrait terriblement, car il verrait en eux deux la relation qu’il aurait voulu faire naître. Il était arrivé au mauvais moment.

Mais qu’est ce qu’il racontait ? Il n’était même pas sûr qu’elle lui plaise. C’était peut-être toutes ces incertitudes qui lui pesaient tant… Elle était gentille, belle, cultivée, intelligente. Elle semblait avoir de l’humour et n’être pas coincée. Et ce qu’il faut de goûts différents pour qu’une relation soit intéressante. Elle était attentive. Mais pour l’instant elle n’avait pas réellement allumé cette lumière dans ses propres yeux. Bien sûr il aurait voulu la serrer dans ses bras par moment. Mais il se retenait. Il ne voulait pas que cela soit mal interprété et qu’elle l’éjecte ou que cela les poussent encore dans une de ces foutues relations précoces et bientôt avortées. Parfois il avait juste envie de contact féminin, donner de la chaleur et en prendre un peu. En surface et à l’intérieur. Il rêvait souvent de dormir avec des filles avec qui il avait un bon feeling, sans que çà soit destiné à déraper. Juste profiter de la chaleur humaine et d’une compréhension commune profonde pendant une nuit innocente. Quelle putain de fleur bleue il faisait.

Elle cherchait de l’amitié, il cherchait de l’amour, même si il n’était pas sûr de pouvoir le vivre avec elle. Un schéma classique et douloureux. Il n’avait jamais compris les filles qui désiraient une relation d’amitié avec quelqu’un avec qui le courant passait bien. Pourquoi ne pas essayer ? Pourquoi ne pas se jeter à l’eau ? Pourquoi ne pas avancer un peu sur cette voie ? Si çà se passait mal, vu qu’ils s’entendaient bien, ils pourraient toujours redevenir amis. Il n’avait pas un caractère à se brouiller avec quelqu’un pour des bêtises. Il n’était ni violent ni rancunier, et quand les histoires arrivaient à leur terme il le sentait, il n’était pas du genre à faire des crises infantiles, il l’acceptait, même si le retour au célibat était souvent douloureux. Alors qu’avaient-ils à perdre ? La frustration d’une amitié avec quelqu’un qu’il pouvait désirer le rendrait fou. Au moins dans un premier temps. Pourquoi ne pas se laisser tenter ? La vie est elle si remplie de bonnes choses qu’on peut en gâcher sans regrets ?

Pourquoi les rares filles qui lui plaisaient lui avaient toujours servi ce discours de l’amitié ?

Tel qu’il le voyait, il avait trois choix :

-         Couper les ponts avec elle de peur de s’étouffer dans la frustration et de finir par la saouler avec des avances malvenues. Avec un peu de chance, le fait qu’il s’éloigne la ferait revenir plus près. Ou pas. Il ne se sentait pas de prendre ce risque.

-         Se forcer à annihiler tout sentiment présent et futur qu’il pourrait avoir à son encontre pour se concentrer sur l’amitié, avec dans un premier temps la déception d’avoir laisser filer une des rares relations intéressantes de ces dernières années.

-         Essayer coûte que coûte de sortir avec dès qu’il la connaîtrait mieux et si elle lui plaisait toujours. Malheureusement, l’attaque frontale ne marchait presque jamais avec les filles complexes. On ne veut que ce qu’on ne semble pas déjà posséder.

Il finirait certainement par laisser les choses se tasser et les sentiments embryonnaires disparaître, comme d’habitude. Il prendrait ce qu’on lui donnerait, sans broncher.

Fuck.

Tellement de prises de tête pour certainement rien. Con de cerveau.

Par drama - Publié dans : futudrama
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